Taiji est un village de pêcheurs d’environ 2 900 habitants, blotti sur une baie étroite de la côte est de la péninsule de Kii, à une seule station de train au sud de Kii-Katsuura sur la ligne JR Kisei. On n’y arrive pas par hasard : on y vient pour le musée de la baleine, pour comprendre quatre siècles de chasse baleinière japonaise, et souvent aussi parce qu’on a vu le documentaire \“The Cove\” (2009) et qu’on veut se faire sa propre idée sur place. Ce guide donne les informations concrètes pour organiser la visite, sans misérabilisme ni angélisme.

Comment rejoindre Taiji depuis Osaka, Nagoya ou Kyoto

Depuis Shin-Osaka ou Tennoji, il faut prendre le limited express Kuroshio (くろしお) en direction de Shingu, descendre à Kii-Katsuura (紀伊勝浦駅) après environ 3h40 de trajet (réservation conseillée, autour de 7 000 à 8 000 yens en siège réservé), puis enchaîner avec un train local de la ligne JR Kisei jusqu’à la gare de Taiji (太地駅), à peine 5 minutes et un arrêt plus loin. Depuis Nagoya, le limited express Nanki (南紀) met environ 3h20 jusqu’à Kii-Katsuura, avec la même correspondance d’une station. Il n’existe pas de gare Shinkansen à proximité directe : c’est tout l’intérêt (et la contrainte) de cette partie reculée de la côte de Kii. Sur place, les trains sont peu fréquents, souvent un par heure voire moins en milieu de journée : mieux vaut consulter les horaires Jorudan avant de partir, ou louer une voiture à Kii-Katsuura pour plus de souplesse, notamment pour enchaîner avec Kushimoto ou Nachi.

Le musée de la baleine de Taiji, l’incontournable

Le Taiji Whale Museum (太地町立くじらの博物館) se trouve au 2934-2 Taiji-cho, à environ 15 minutes à pied de la gare (ou 5 minutes en voiture, parking gratuit). Ouvert tous les jours de 8h30 à 17h00 (dernière entrée à 16h30), il demande un billet d’entrée à 1 500 yens pour un adulte. Fondé en 1969, c’est l’un des plus anciens musées consacrés aux cétacés au Japon, et pas seulement un musée au sens classique : il inclut un bassin extérieur où nagent dauphins et petits globicéphales, avec des présentations publiques à heures fixes (généralement entre 9h30 et 15h30, le programme du jour est affiché à l’entrée). On y voit aussi d’anciens bateaux baleiniers à moteur, des harpons, des squelettes complets de baleine à bosse et de cachalot, et une section consacrée aux techniques de chasse traditionnelle au filet, mises au point localement au XVIIe siècle. C’est dense, bien documenté en anglais, et honnêtement le passage obligé pour comprendre pourquoi ce village minuscule a un poids symbolique disproportionné dans l’histoire maritime japonaise.

Moriura, la baie filmée dans The Cove : ce que voit vraiment le visiteur

La crique rendue célèbre par le documentaire se trouve dans la baie de Moriura, à l’ouest du port principal, à une dizaine de minutes à pied du musée. Beaucoup de visiteurs s’y rendent en imaginant trouver un site touristique : en réalité, c’est une zone de pêche active, fermée au public par des grillages et surveillée, sans aucun aménagement ni signalétique touristique. Il n’y a rien à \“voir\” au sens propre, et s’approcher trop près des filets ou photographier insiste souvent les pêcheurs locaux, qui restent méfiants vis-à-vis des visiteurs étrangers depuis la sortie du film. La chasse aux dauphins par rabattage (drive hunting) a lieu traditionnellement de septembre à février, période durant laquelle l’ambiance dans le port peut être tendue et l’odeur de poisson plus prégnante que le reste de l’année. Si l’on vient pour des raisons militantes, mieux vaut le savoir à l’avance : il n’y a pas de point d’observation organisé, et le respect de la population locale, qui vit de la pêche depuis des générations, fait partie du savoir-vivre de base sur place.

Sur les traces de 400 ans de chasse à la baleine

Taiji revendique le titre de berceau de la chasse organisée à la baleine au Japon, initiée vers 1606 par Wada Yorimoto, un chef de village qui aurait mis au point les premières techniques de chasse collective en flotte de petits bateaux. Le petit parc Kujira no Hama, en bord de mer à côté du musée, abrite un cimetière de baleines (鯨塚, Kujizuka) où des stèles rendent hommage aux animaux prélevés depuis le XVIIe siècle, une pratique rituelle encore respectée aujourd’hui. On croise aussi dans le village plusieurs sanctuaires shinto liés à la mer, dont le petit Ebisu-jinja près du port, où les pêcheurs viennent prier avant la saison. Ces détails religieux et rituels expliquent en partie pourquoi la chasse à la baleine est perçue localement non comme une simple activité économique mais comme un élément d’identité communautaire, un point que les documentaires occidentaux évoquent rarement.

Manger à Taiji : spécialités et adresses concrètes

La viande de baleine se trouve encore couramment ici, contrairement à la majorité du Japon. Au Michi no Eki Taiji (道の駅たいじ), ouvert tous les jours de 9h00 à 17h00, juste à côté du port, on trouve un rayon de produits de la mer avec sashimi de baleine, kujira no tatsuta-age (baleine frite marinée au soja et gingembre, autour de 800 à 1 200 yens la portion) et des conserves à rapporter. Pour un repas assis, le petit restaurant Kujira no Sato, à deux pas du musée, sert un teishoku (plateau) à base de baleine autour de 1 500 yens, avec souvent un harihari-nabe (pot-au-feu de baleine et mizuna) en option l’hiver. Les prix restent très raisonnables comparés à Tokyo ou Osaka, et les portions sont copieuses. Pour ceux qui préfèrent éviter la viande de baleine, les izakaya du port proposent du katsuo (bonite) et du maguro (thon) pêchés localement, la pêche au thon étant historiquement une activité tout aussi importante que la chasse à la baleine dans cette baie.

Où dormir : sur place ou à Kii-Katsuura

Taiji même compte peu d’hébergements, essentiellement des minshuku familiaux autour de 6 000 à 8 000 yens la nuit en demi-pension, simples mais avec un accueil direct et souvent un petit-déjeuner à base de poisson du matin. La majorité des voyageurs préfère loger à Kii-Katsuura, à 5 minutes de train, qui concentre de vrais onsen de bord de mer. Le plus connu est l’Hotel Urashima, accessible uniquement par navette-bateau gratuite depuis l’embarcadère du port (traversée de 5 minutes), avec son bain thermal Boki-do installé dans une grotte naturelle battue par les vagues. Les tarifs y démarrent autour de 12 000 yens par personne en pension complète. C’est une base beaucoup plus pratique pour combiner Taiji avec le reste de la péninsule.

Excursions depuis Taiji : Nachi, Kushimoto, Kumano Kodo

Depuis Kii-Katsuura, un bus local (environ 30 minutes, 470 yens) mène à Nachi-no-Taki, la plus haute chute d’eau du Japon avec ses 133 mètres, juste en contrebas du sanctuaire Kumano Nachi Taisha et de la pagode Seiganto-ji, point d’étape classique du pèlerinage Kumano Kodo. Vers le sud, Kushimoto et le cap Shionomisaki, pointe la plus méridionale de Honshu, se rejoignent en train en une quinzaine de minutes depuis Taiji, avec les formations rocheuses de Hashigui-iwa visibles depuis le quai de la gare. Ces deux excursions se combinent facilement en une seule journée si l’on loue une voiture à Kii-Katsuura plutôt que de dépendre des bus, dont la fréquence tombe à un par heure environ en basse saison.

Avant de partir : quelques points pratiques à connaître

Le village n’a quasiment aucune signalétique en français et peu en anglais en dehors du musée : prévoir une carte hors-ligne ou l’application Google Maps téléchargée au préalable, la couverture mobile étant correcte mais les commerces rarement équipés en anglais. La meilleure période pour visiter reste le printemps et l’automne, hors saison de chasse (septembre à février), quand l’atmosphère du port est plus détendue et les odeurs de poisson moins fortes. Enfin, si l’objectif principal est de voir des cétacés vivants en mer plutôt qu’en bassin, il existe des sorties d’observation des baleines et dauphins au large de Kii-Katsuura entre décembre et avril, organisées par des opérateurs locaux de whale watching, une alternative plus en phase avec les attentes de beaucoup de visiteurs étrangers que la visite du bassin du musée.