Ozu, la petite Kyoto d’Iyo nichée au bord de la rivière Hiji

Si vous cherchez une destination au Japon qui échappe encore largement aux foules touristiques tout en offrant une immersion totale dans l’atmosphère des villes castrales d’antan, Ozu (大洲市) est faite pour vous. Située dans la préfecture d’Ehime, au cœur de l’île de Shikoku, cette petite cité fluviale surnommée “la Kyoto d’Iyo” séduit par son château restauré en bois authentique, ses ruelles marchandes préservées et son ambiance résolument paisible. Loin des circuits classiques Tokyo-Kyoto-Osaka, Ozu constitue une étape idéale pour les voyageurs souhaitant découvrir un Japon plus intime et moins fréquenté.

Un peu d’histoire : le château d’Ozu à travers les siècles

Le château d’Ozu (大洲城, Ozu-jo) trône sur une colline dominant la rivière Hiji depuis l’époque Kamakura, lorsque le clan Utsunomiya y établit une première fortification. Au fil des siècles, la forteresse passa entre les mains de plusieurs seigneurs féodaux, dont le clan Toda puis le clan Kato, qui régna sur le domaine d’Ozu durant toute la période Edo. Comme beaucoup de châteaux japonais, celui d’Ozu fut démantelé lors de l’ère Meiji dans le cadre des réformes visant à abolir le système féodal, et son donjon principal fut détruit.

Ce qui rend le château d’Ozu véritablement exceptionnel aujourd’hui, c’est sa reconstruction réalisée au début des années 2000, entièrement fidèle aux méthodes de charpenterie traditionnelles japonaises, sans recours à des matériaux modernes comme le béton armé, contrairement à de nombreux autres châteaux reconstruits au Japon. Le résultat est un donjon en bois massif d’une authenticité rare, qui permet aux visiteurs de ressentir véritablement l’atmosphère d’un château féodal d’origine.

Visiter le château d’Ozu : ce qu’il faut savoir

Le donjon du château d’Ozu s’élève sur quatre niveaux et offre depuis son sommet une vue panoramique magnifique sur la ville, la rivière Hiji et les montagnes environnantes. L’intérieur, entièrement en bois, dégage une odeur caractéristique de cèdre et de pin qui plonge immédiatement le visiteur dans une ambiance d’époque. Les escaliers sont raides, à l’image des châteaux japonais traditionnels, et méritent une attention particulière, surtout avec des enfants ou des personnes à mobilité réduite.

  • Horaires d’ouverture habituels : généralement de 9h à 17h toute l’année
  • Un billet combiné est souvent disponible pour visiter également la villa Garyu Sanso
  • Il est possible, sur réservation, de vivre une expérience unique en passant une nuit dans le château lui-même, une offre rarissime au Japon
  • Prévoyez environ 45 minutes à 1 heure pour la visite complète

La villa Garyu Sanso, un joyau caché

À quelques minutes de marche du château, en contrebas le long de la rivière Hiji, se trouve la villa Garyu Sanso, un ensemble architectural construit à l’époque Meiji par un riche marchand local. Ce complexe de pavillons en bois, entouré d’un jardin japonais soigneusement entretenu, illustre à merveille l’esthétique du sukiya-zukuri, ce style architectural raffiné utilisé pour les maisons de thé traditionnelles. La pièce principale, le Fuchoku, est particulièrement remarquable pour ses détails architecturaux subtils et sa vue imprenable sur la rivière. Cette visite complète parfaitement celle du château et permet de comprendre la richesse culturelle de la région d’Ozu au-delà de son passé militaire.

Se promener dans le quartier historique d’Ozu

Le charme d’Ozu ne se limite pas à son château. La vieille ville, avec ses maisons marchandes traditionnelles datant des époques Edo et Meiji, invite à la flânerie. Le quartier de Ozu Aka-renga-kan, un ancien bâtiment en briques rouges datant de l’ère Meiji abritant autrefois une banque, sert aujourd’hui de boutique de souvenirs et de café, offrant un contraste architectural intéressant avec le reste de la ville.

Ne manquez pas non plus Pokopen Yokocho, une petite ruelle rétro reconstituant l’atmosphère du Japon d’après-guerre, avec ses échoppes vintage et son ambiance nostalgique très appréciée des photographes amateurs. Les rues environnantes, bordées de maisons aux murs de terre blanche et aux toits de tuiles noires, permettent de comprendre pourquoi Ozu est souvent comparée à une version miniature et plus authentique de Kyoto.

La pêche au cormoran sur la rivière Hiji

Ozu est l’un des rares endroits au Japon, avec Gifu, où l’on peut encore assister à l’ukai, la traditionnelle pêche au cormoran pratiquée de nuit à l’aide de torches. Durant la saison chaude, généralement du printemps à l’automne, des pêcheurs perpétuant cette technique ancestrale vieille de plusieurs siècles font naviguer leurs bateaux sur la rivière Hiji, dressant des cormorans pour attraper l’ayu, un poisson d’eau douce très prisé au Japon. Il est possible d’embarquer sur des bateaux d’observation pour vivre cette expérience unique, accompagnée souvent d’un dîner traditionnel servi à bord. Cette activité, très évocatrice de l’atmosphère fluviale d’Ozu, mérite amplement le détour pour les voyageurs en quête d’expériences authentiques et peu touristiques.

Comment se rendre à Ozu depuis les grandes villes du Japon

Ozu se situe dans la préfecture d’Ehime, sur l’île de Shikoku, à mi-chemin entre Matsuyama et Uwajima. La gare d’Iyo-Ozu, desservie par la ligne JR Yosan, constitue le point d’accès principal. Depuis Matsuyama, comptez environ 40 à 50 minutes de train en limited express. Pour rejoindre Shikoku depuis Honshu, plusieurs options existent : le train via le pont d’Seto-Ohashi depuis Okayama, ou l’avion jusqu’à l’aéroport de Matsuyama depuis Tokyo, Osaka ou d’autres grandes villes japonaises. Le JR Shikoku Rail Pass est particulièrement recommandé pour les voyageurs souhaitant explorer plusieurs villes de l’île à moindre coût.

Quand visiter Ozu ?

Ozu se visite agréablement toute l’année, chaque saison offrant son propre charme. Le printemps, avec la floraison des cerisiers autour du château, constitue une période particulièrement photogénique. L’été permet d’assister à la pêche au cormoran et de profiter de la fraîcheur de la rivière Hiji. L’automne pare les collines environnantes de couleurs flamboyantes, offrant un cadre spectaculaire au château. Même l’hiver, plus calme, permet de découvrir la ville sans la moindre foule, dans une atmosphère paisible propice à la contemplation.

Où dormir à Ozu et dans les environs

Pour une expérience vraiment mémorable, l’hébergement au sein même du château d’Ozu représente une opportunité unique au Japon, bien que limitée en capacité et nécessitant une réservation anticipée. Pour des options plus classiques, la ville propose quelques ryokans traditionnels et petits hôtels familiaux offrant un excellent rapport qualité-prix. Les voyageurs préférant davantage de choix en matière d’hébergement pourront également baser leur séjour à Matsuyama, à moins d’une heure de train, et faire d’Ozu une excursion à la journée.

Que voir aux alentours d’Ozu

  • Matsuyama : sa ville castrale animée et ses célèbres bains thermaux de Dogo Onsen
  • Uchiko : un autre village historique préservé, réputé pour ses maisons de marchands de cire
  • Uwajima : ville côtière connue pour son château et son sanctuaire insolite dédié à la fertilité
  • La côte de la péninsule de Sadamisaki, idéale pour les amateurs de paysages maritimes

Conclusion

Ozu incarne à merveille cette part encore secrète du Japon que recherchent les voyageurs curieux d’aller au-delà des sentiers battus. Entre son château en bois d’une authenticité remarquable, sa villa traditionnelle raffinée, ses ruelles nostalgiques et sa tradition vivante de pêche au cormoran, la ville castrale d’Ozu offre une immersion culturelle riche et dépaysante au cœur de Shikoku. Une étape incontournable pour quiconque souhaite découvrir un Japon plus authentique, loin de l’agitation des grandes métropoles.

Photo by Andrea De Santis on Unsplash