Si vous cherchez un izakaya robatayaki à Tokyo, la question à régler en premier est celle du prix et de la réservation : chez Inakaya à Roppongi, comptez 8000 à 15000 yens par personne avec saké, et sans réservation vous risquez 30 à 45 minutes d’attente dès 19h un vendredi. Chez Robata Honten à Shinbashi, c’est trois fois moins cher et on entre sans problème un mardi soir. Le choix de l’adresse dépend donc autant de votre budget que de l’ambiance recherchée, et c’est exactement ce que je détaille ci-dessous après plusieurs soirs passés devant ces comptoirs en bois brûlant.
Le robatayaki, ce n’est pas du yakitori
Beaucoup de visiteurs confondent les deux. Le yakitori se limite au poulet en brochettes grillées au charbon. Le robatayaki est un format plus large hérité des pêcheurs de Tohoku : poissons entiers, légumes de saison, champignons, tofu grillé, coquillages, tout est disposé cru sur un étal devant un chef assis derrière un brasero central, puis grillé à la demande et servi sur une longue pelle en bois (le fameux shamoji) directement jusqu’à votre place. Le mot vient de “robata”, littéralement “à côté du feu” en dialecte du Tohoku. Dans un vrai izakaya robatayaki, vous choisissez vos produits à l’œil, comme à un étal de marché, avant qu’ils ne passent sur la grille.
Inakaya, Roppongi : le spectacle avant la cuisine
Inakaya existe depuis les années 1960 et possède deux adresses à quelques minutes à pied l’une de l’autre près du croisement de Roppongi, à environ 5 minutes de la sortie 3 de la station Roppongi (lignes Hibiya et Oedo) : Inakaya Higashi (Est) et Inakaya Nishi (Ouest). L’originalité ici, c’est le rituel : les cuisiniers, assis en tailleur devant un monticule de poissons, de légumes et de viandes disposés sur de la glace pilée, crient votre commande en chœur avant de vous la tendre sur une pelle de plus d’un mètre de long. C’est bruyant, théâtral, et clairement pensé pour les touristes et expatriés aisés du quartier - d’ailleurs le menu est systématiquement traduit en anglais. Comptez entre 10000 et 18000 yens par personne avec les boissons, ouvert généralement de 17h à 23h (dernière commande 22h), fermeture d’un jour variable selon les mois. Réservation fortement conseillée le week-end, directement par téléphone ou via votre hôtel.
Robata Honten, Shinbashi : l’adresse qui a lancé le genre
C’est ici que la mode du robatayaki moderne serait née, selon le patron lui-même, Inoue Mantaro, qui a ouvert cet établissement en 1964 dans une ruelle discrète à deux pas de la sortie Hibiya de la station Shinbashi (JR Yamanote, Ginza, Toei Asakusa), environ 6 minutes à pied. L’adresse exacte est 2-14-7 Shinbashi, Minato-ku, au premier étage d’un petit immeuble sans enseigne lumineuse tape-à-l’œil. L’intérieur est sombre, en bois patiné, avec une douzaine de places au comptoir seulement - pas de salle annexe, donc l’attente peut être longue sans réservation. Comptez plutôt 4000 à 6000 yens pour un repas complet avec quelques verres de saké local, ce qui en fait l’option la plus abordable de cette liste. Fermé le dimanche, ouvert de 17h à 22h30 en semaine.
Gonpachi Nishi-Azabu : le robata jusqu’à l’aube
Gonpachi, à Nishi-Azabu (1-13-11), à environ 13 minutes à pied de la station Roppongi ou 10 minutes de la station Hiroo (ligne Hibiya), s’est fait connaître internationalement comme le décor qui a inspiré la scène du restaurant dans Kill Bill. Le robata y occupe un comptoir central sur deux étages, avec des cuisiniers en costume traditionnel qui grillent aubergines, ailes de poulet, asperges et poissons entiers devant vous. L’établissement reste ouvert très tard, jusqu’à 5h du matin certains soirs, ce qui en fait une option rare pour un robatayaki après le dernier train. Le ticket moyen tourne autour de 6000 yens par personne, un peu plus avec le saké premium. C’est très touristique, donc l’authenticité du geste est un peu diluée par le décor grand spectacle, mais la qualité du poisson reste correcte.
Les options plus discrètes : Omoide Yokocho et Ebisu
Si vous voulez éviter les adresses trop identifiées par les guides, le quartier d’Omoide Yokocho à Shinjuku (sortie Ouest de la station Shinjuku, derrière les voies JR) compte quelques minuscules comptoirs robata mélangés aux stands de yakitori, reconnaissables à leur étal de poissons et légumes exposés à l’entrée plutôt qu’à des brochettes déjà préparées. Les places assises se comptent sur les doigts d’une main, le service est uniquement en japonais, et il faut parfois partager sa table avec des inconnus - c’est l’endroit où l’on paie 2500 à 4000 yens pour une soirée arrosée sans jamais croiser un autre touriste francophone. Du côté d’Ebisu, le quartier autour de la sortie Est de la station (ligne Yamanote et Hibiya) regroupe plusieurs petits izakaya robata ouverts dès 17h, avec une clientèle majoritairement locale sortant du bureau.
Comment se déroule concrètement un repas
- On s’assoit au comptoir face à l’étal, jamais en salle séparée du feu
- On commande à l’oral en pointant les produits exposés sur glace ou sur le gril
- Le chef grille à la minute, sans préparation à l’avance, donc il faut compter 5 à 10 minutes entre deux plats
- Le plat arrive sur une pelle en bois tendue directement devant vous, parfois à plus d’un mètre de distance
- On commande au fur et à mesure plutôt qu’en une seule fois, comme pour des tapas
Budget moyen par établissement
Pour résumer les fourchettes de prix observées sur place, boissons comprises : Robata Honten Shinbashi autour de 5000 yens, Omoide Yokocho entre 2500 et 4000 yens, Ebisu entre 4000 et 6000 yens, Gonpachi autour de 6000 yens, Inakaya Roppongi entre 10000 et 18000 yens. L’écart s’explique surtout par la qualité du poisson (thon rouge premium versus maquereau courant) et par le cadre plus que par la quantité servie.
Avant d’y aller
Un point que peu de gens anticipent : dans les robatayaki traditionnels comme Robata Honten, le comptoir ne compte parfois que 10 à 12 places, et il n’y a pas de système de réservation en ligne, seulement un appel téléphonique en japonais ou le passage direct sur place vers 17h à l’ouverture. Si vous ne parlez pas japonais, demandez à votre hôtel de réserver pour vous la veille, ou présentez-vous dès l’ouverture plutôt qu’en pleine affluence vers 19h30-20h30, créneau où les salaryman locaux remplissent ces petites adresses en quelques minutes. Autre détail pratique : beaucoup de ces établissements n’acceptent que les espèces ou une carte limitée, prévoyez du liquide en yens avant de vous y rendre, surtout dans les petites adresses d’Omoide Yokocho où aucune carte bancaire n’est acceptée.